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Qui est assujetti à la LCB-FT ? Marché de l'art et luxe : êtes-vous concerné ?

Galeriste, antiquaire, maison de ventes, joaillier, horloger, négociant en métaux précieux… Votre activité est-elle soumise aux obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT) ? La réponse dépend moins de l'étiquette apposée sur votre métier que de la nature exacte de vos opérations, de leur montant et, dans certains cas, du mode de paiement.

Par Violette TaquetValidé par Me Solène Clément, avocateMis à jour 11 min de lecture

Qui est assujetti à la LCB-FT ? Marché de l'art et luxe : êtes-vous concerné ?

Galeriste, antiquaire, maison de ventes, joaillier, horloger, négociant en métaux précieux… Votre activité est-elle soumise aux obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT) ?

La réponse dépend moins de l'étiquette apposée sur votre métier que de la nature exacte de vos opérations, de leur montant et, dans certains cas, du mode de paiement.

Autrement dit : exercer dans l'art ou le luxe ne signifie pas automatiquement que toutes vos ventes sont soumises aux mêmes mesures. Mais franchir certains seuils fait entrer votre entreprise dans un cadre juridique précis, qui impose de connaître ses risques, ses clients et l'origine économique de certaines opérations.

Le sujet peut sembler lointain, et nous l'entendons souvent de la bouche des professionnels du secteur : « je connais mes clients depuis des années », « non, je ne blanchis pas d'argent » (sur le ton de l'absurdité), ou encore « les montants de mes transactions sont trop faibles, allez voir chez les professionnels qui vendent des œuvres de maître ».

Après tout, pourquoi un client, une œuvre, une montre ou une pierre serait-il lié à une opération de blanchiment ? Pourtant, la forte valeur des biens, leur mobilité, leur dimension internationale et la possibilité de les revendre en font des supports attractifs pour donner une apparence licite à des fonds d'origine illicite, déplacer de la valeur ou dissimuler le véritable bénéficiaire d'une opération.

Alors, qui est réellement assujetti ? À partir de quand ? Et qu'est-ce que cela change au quotidien ? Faisons le point, simplement.

À retenir. Dans les secteurs abordés ici, le seuil central est souvent de 10 000 €. Il doit toutefois être apprécié selon la catégorie professionnelle concernée : valeur d'une transaction, cumul de transactions liées ou valeur du bien. Le paiement en plusieurs fois ne permet donc pas de sortir du dispositif.

Que signifie « être assujetti » à la LCB-FT ?

Être assujetti signifie être légalement tenu de participer à la prévention et à la détection du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme.

Il ne s'agit pas de devenir enquêteur du fisc, ni de prouver qu'une infraction a été commise. Il s'agit de mettre en place un dispositif proportionné à son activité et à ses risques, dans le but de repérer les signaux faibles qui seront des éléments à risques.

Concrètement, l'entreprise doit notamment :

Cette vigilance repose sur une approche par les risques. Une vente simple, transparente et cohérente ne sera pas traitée comme une opération impliquant une société étrangère opaque, un mandataire inhabituel et des paiements provenant de plusieurs comptes.

Pour autant, vous devrez documenter et organiser l'archivage des données avec la même rigueur pour toutes vos opérations.

Galeries, marchands d'art, intermédiaires et antiquaires : un assujettissement dès le seuil des 10 000 €

Le Code monétaire et financier vise les personnes qui négocient des œuvres d'art et des antiquités ou agissent comme intermédiaires dans ce commerce.

Le dispositif s'applique lorsque la valeur de la transaction, ou d'une série de transactions liées, atteint ou dépasse 10 000 €.

Cela concerne notamment :

  • les galeristes ;
  • les antiquaires ;
  • les marchands d'art ;
  • les intermédiaires intervenant dans l'achat ou la vente d'œuvres et d'antiquités ;
  • les professionnels qui entreposent, négocient ou servent d'intermédiaires dans des ports francs ou zones franches, dans les conditions prévues par la loi.

Le seuil ne s'analyse pas uniquement facture par facture. Deux ou plusieurs paiements ou acquisitions peuvent constituer une série de transactions liées.

Un client achète-t-il plusieurs œuvres dans un temps rapproché ? Les règlements sont-ils fractionnés alors que les acquisitions semblent relever d'un même projet ? Les opérations sont-elles réalisées par plusieurs entités ayant le même bénéficiaire effectif ? Ces éléments doivent vous conduire à examiner l'ensemble plutôt que chaque mouvement isolément.

Le secteur est assujetti depuis longtemps : son intégration au dispositif ne date pas de la transposition française de la cinquième directive européenne en 2020. Cette réforme a toutefois renforcé et précisé le périmètre applicable.

L'ancienneté du dispositif est utile à rappeler car la LCB-FT n'est ni un sujet nouveau, ni une formalité temporaire.

Maisons de ventes et commissaires-priseurs : quelle règle appliquer ?

Dans le langage courant, on parle encore souvent de « commissaires-priseurs ». Pour les enchères publiques volontaires, le Code monétaire et financier vise les opérateurs de ventes volontaires de meubles aux enchères publiques lorsque la transaction, ou une série de transactions liées, atteint ou dépasse 10 000 €.

Les maisons de ventes se trouvent au cœur de flux particulièrement sensibles : elles identifient le vendeur, accueillent les enchérisseurs, adjugent le bien, reçoivent ou suivent les règlements et reversent le produit de la vente.

À chacune de ces étapes, des incohérences peuvent apparaître :

  • une personne enchérissant pour le compte d'un tiers non annoncé ;
  • un paiement provenant d'un compte sans lien apparent avec l'adjudicataire ;
  • un vendeur ou un acheteur recourant à une structure dont la chaîne de propriété est difficile à comprendre ;
  • une adjudication très éloignée des estimations, sans explication plausible ;
  • une demande de remboursement sur un autre compte ;
  • une succession rapide d'achats et de reventes sans logique économique évidente.

Ces éléments constituent bien évidemment une liste non exhaustive des éléments de risques possibles, et c'est pourquoi il faut être vigilant à chaque étape de la transaction.

Les risques repérés dans la pratique diffèrent souvent en fonction de nombreux éléments propres à sa situation, qui mettent la puce à l'oreille, par exemple, si le client final est domicilié dans un pays à risques, s'il opère à distance, via un intermédiaire, s'il achète de manière très régulière, ou encore via une société.

Luxe : joailliers, horlogers, bijoutiers et orfèvres sont-ils assujettis ?

Oui, dans les conditions prévues par le Code monétaire et financier.

Depuis le 5 août 2026, celui-ci vise expressément et de nouveau les personnes qui se livrent, à titre d'activité professionnelle régulière ou principale, au commerce de biens de plus de 10 000 € relevant des secteurs :

  • de l'horlogerie ;
  • de la bijouterie ;
  • de la joaillerie ;
  • de l'orfèvrerie.

Pour cette catégorie, le texte vise la valeur du bien lorsqu'elle dépasse 10 000 €.

Une montre, un bijou ou une pièce d'orfèvrerie dépassant ce montant peut donc faire entrer le professionnel dans le champ de l'assujettissement, quel que soit le mode de règlement. Il ne faut plus raisonner seulement en fonction d'un paiement en espèces.

Ce volet est particulièrement important pour les professionnels du luxe, car les biens concernés concentrent plusieurs facteurs de risque : une valeur élevée dans un objet de faible volume, transport aisé, marché international, revente possible, intervention fréquente de mandataires et clientèle parfois composée de personnes morales ou établie dans des pays tiers à haut risque.

Prenons un exemple. Une montre de collection d'une valeur de 18 000 € est achetée par une société, payée depuis le compte d'une autre entité et remise à une personne physique munie d'une procuration. Aucun de ces éléments ne prouve une infraction. Leur combinaison impose toutefois de comprendre qui achète réellement, qui finance l'opération, qui bénéficiera du bien, et pourquoi le schéma retenu est cohérent.

À l'inverse, demander une pièce d'identité ne suffit pas à épuiser la vigilance. Le contrôle doit porter sur toutes les personnes impliquées et s'inscrire dans une analyse globale de l'opération.

Négociants en métaux précieux et pierres précieuses : un régime spécifique

Sont également assujetties les personnes qui se livrent, à titre habituel et principal, au commerce de métaux précieux ou de pierres précieuses lorsque la valeur d'une transaction, ou d'une série de transactions liées, atteint ou dépasse 10 000 €.

Cette catégorie peut notamment concerner, selon l'activité réellement exercée, les négociants en or, argent, platine ou autres métaux précieux, ainsi que les professionnels dont l'activité habituelle et principale consiste à acheter ou vendre des diamants, pierres de couleur ou autres pierres précieuses.

La formulation mérite attention. Deux questions sont à examiner :

  • Le commerce de métaux ou de pierres précieux est-il exercé de façon habituelle et principale ?
  • L'opération atteint-elle 10 000 € ? Ou plusieurs opérations apparemment distinctes sont-elles en réalité liées ?

Cette analyse doit tenir compte du modèle économique réel de l'entreprise, et non de sa seule dénomination commerciale. Une société peut cumuler plusieurs activités et relever de plusieurs catégories d'assujettissement.

Un seuil de 10 000 € : que faut-il surveiller en pratique ?

Le seuil ne constitue pas une autorisation d'ignorer tout risque en dessous de 10 000 €, bien au contraire : il ne vaut qu'en l'absence de soupçon de BC-FT.

Il détermine, pour les catégories concernées, l'entrée dans le champ légal de l'assujettissement si et seulement si le professionnel n'a aucun soupçon. Il faut donc rester attentif aux tentatives de contournement, notamment via les opérations liées.

Quelques questions simples peuvent révéler qu'une analyse complémentaire est nécessaire :

  • Le client fractionne-t-il artificiellement un achat ou un règlement ?
  • Plusieurs achats rapprochés semblent-ils poursuivre un objectif commun ?
  • Le payeur est-il différent de l'acheteur sans justification claire ?
  • Une personne morale intervient-elle alors que le bénéficiaire effectif reste difficile à identifier ?
  • Le client refuse-t-il de fournir un document ou donne-t-il des indications contradictoires ?
  • Le prix, l'origine des fonds, ou la destination du bien sont-ils incohérents avec le profil connu ?
  • Le montage implique-t-il un pays, un intermédiaire ou une structure présentant un risque accru ?

Un signal d'alerte, pris isolément, ne signifie pas nécessairement la commission du blanchiment. C'est l'accumulation d'indices, leur incohérence et l'absence d'explication satisfaisante qui peuvent justifier des mesures renforcées, voire une déclaration de soupçon.

Une obligation de vigilance, pas une obligation de tout savoir

La réglementation exige une démarche sérieuse, cohérente, proportionnée et documentée. On parle couramment d'une obligation de moyens : le professionnel doit pouvoir démontrer qu'il a identifié ses risques, appliqué les mesures adaptées et traité les alertes selon les exigences légales.

Cela ne signifie pas qu'une simple bonne intention suffit. En cas de contrôle, il faut pouvoir présenter des éléments concrets : classification des risques, procédures internes, dossiers clients complets, vérifications, analyses, preuves de formations, et décisions prises. Une vigilance non documentée devient difficile à démontrer lors d'un contrôle.

La bonne nouvelle ? Il n'est pas nécessaire de transformer chaque vente en parcours administratif. Un dispositif bien conçu permet de concentrer l'effort là où le risque est le plus élevé, de recueillir les bonnes informations au bon moment et d'éviter les demandes inutiles.

Eunomart : rendre la conformité claire, concrète et proportionnée

Chez Eunomart, notre vocation est d'aider les professionnels du marché de l'art et du luxe à transformer une réglementation technique en pratiques opérationnelles.

Nous savons qu'une galerie, une maison de ventes, un antiquaire ou un joaillier n'a ni les mêmes flux, ni les mêmes clients, ni les mêmes ressources qu'un établissement financier. La conformité doit donc s'intégrer au métier — pas le ralentir inutilement.

Eunomart accompagne les équipes pour structurer leur cartographie des risques, leurs procédures, leurs parcours de vigilance, leurs contrôles et leur formation. L'objectif est double : protéger l'entreprise, et permettre à chacun de savoir quoi faire lorsqu'une situation inhabituelle se présente.

Vous hésitez encore sur votre assujettissement ? C'est précisément la première question sur laquelle trancher. Une analyse claire de votre activité et de vos opérations permet ensuite de construire un dispositif clair, proportionné et défendable.

Être assujetti, c'est intégrer la vigilance à ses pratiques

Galeries, antiquaires, marchands et intermédiaires du marché de l'art, opérateurs de ventes volontaires, professionnels de l'horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie ou de l'orfèvrerie, négociants en métaux ou pierres précieux : tous sont directement concernés par la LCB-FT et doivent en prendre la mesure, et prendre pleinement leur place dans le dispositif de prévention à l'échelle nationale.

L'enjeu n'est pas de jouer les inquisiteurs et de soupçonner par défaut chaque client. Il est d'avoir les bons réflexes, de définir clairement qui intervient dans chaque opération, de comprendre ce qui est économiquement cohérent, et de réagir lorsque les explications ne collent pas. Une vigilance bien organisée protège votre activité, vos équipes, votre réputation et, plus largement, l'intégrité du marché.

La question n'est donc plus seulement « suis-je concerné ? », mais aussi : mon dispositif me permet-il de reconnaître et de traiter une situation à risque sans désorganiser mon activité ?

Pour aller au bout de votre mise en conformité, contactez Eunomart (nouvel onglet).

Cet article présente une information générale et ne remplace pas une formation, ni une analyse juridique adaptée à votre situation.

Sources :

  • Article L. 561-2 du Code monétaire et financier, notamment ses 10°, 11°, 11° bis et 14°, dans sa version en vigueur depuis le 5 août 2026.
  • Publications de Tracfin relatives aux risques LCB-FT dans le secteur de l'art.